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Yolo Nord

Inspiration

Un ami congolais m'a envoyé ce texte:

Prisonnier de CHAN 

Après la pluie vient le beau temps dit-on. La pluie pour ma famille était l’arrestation arbitraire de mon fils de 17 ans le dimanche 7 février 2016.  Pendant que mon fils et ses amis jubilaient parce que notre équipe nationale avait gagné la première place du Championnat d’Afrique des Nation (CHAN), une jeep rempli des policiers a surgi dans le quartier tel un fauve et les a embarqués pour une destination inconnue.   

Alertés, mon épouse et moi étions très désemparés. Les policiers du poste voisin, pourtant témoins oculaires de cette salle besogne, criaient à tue-tête qu’ils ne savaient pas où les enfants étaient amenés. Joignant les Parents d’un des condisciples de mon fils, nous nous sommes mis à la recherche des enfants que nous avons retrouvés vers 23 heures dans les bureaux de police  au district. Des tractations, des coups de fils, des négociations de primes, … ont donné comme résultat le relâchement  du garçon ami à mon fils vers 1 heure.  

A 2 heures, extenués, appauvris et penauds, mon épouse et moi avions décidés de retourner à la maison laissant derrière nous notre enfant emprisonné dans un cachot infect comme un vulgaire brigand.  Les quelques trois heures de la nuit nous ont servi à nous préparer, nous armer des forces et essayer de rassurer le reste de la famille qui pleuraient leur frère kidnappé par des hommes en uniforme. 

Déjà hors de la maison à 5 heures du matin, mon épouse et moi nous sommes rendus chez un ami cambiste pour lui solliciter un second emprunt car le premier contracté la veille s’est déjà dissipé. Nous étions conscients que l’on ne se rend pas chez les « agents de l’ordre » mains et têtes vides même s’ils sont sans cœur.  Après avoir consulté un ami avocat, et informé le Directeur de l’école secondaire, nous nous sommes rendu au District.  Il fallait payer pour se renseigner, payer pour entrer, payer pour la consultation des registres des cachots, payer pour voir l’enfant, payer pour lui remettre une bouteille d’eau et un gâteau pour qu’il reprenne des forces et des cachets des médicaments pour ne pas gâcher son traitement contre le paludisme et lutter contre les douleurs causées par la brutalité des policiers qui ne ménageaient aucune force vis-à-vis d’une quarantaine d’enfant mineurs détenus illégalement. 

Vers 11 heures enfin, nous avons rencontré le colonel « Officier de la Police Judiciaire » qui a dirigé personnellement l’opération de ramassage des - selon leurs termes - « fauteurs de désordres » et « ennemis de l’ordre public et de l’Etat». Un entretien fourni a démontré que l’OPJ et sa hiérarchie ont agi dans le plus grand mépris de la loi. Mais, impuissants devant la soldatesque assoiffée et soucieux d’éloigner notre fils de cet enfer immonde, nous avons enfin payé une amande inexistante et sans quittance. Avant de quitter le bureau de l’officier qui nous a reçu, je lui ai posé la question : « En observant mon fils, ne voyez-vous pas visiblement qu’il est faible et incapable de participer à des actions subversives et révolutionnaires ? ». Pour toute réponse, nous n’avons eu droit qu’à un sourire scinque:  « Vous avez la chance, sortez rapidement et rentrez immédiatement ! » 

Nous a lancé le soldat qui nous a ouvert la porte. Regardant notre fils, prisonnier de CHAN meurtri et en aillons, sa mère et moi avons traversé silencieusement  un groupe des parents rassemblés devant l’entrée ; venus délivrer leurs enfants des griffes de leurs bourreaux habillés en protecteurs.  A l’intérieur de moi une voie résonne : « La dictature triomphe à nouveau ; le pays est dirigé par l’arbitraire. » 

Les nuits qui ont suivi, mon fils, traumatisé, a fait des cauchemars et de la fièvre que l’affection familiale et les soins de sa mère ont vite vaincu. Il a enfin repris sa session d’examens interrompue, puis rattrapé les examens ratés grâce à la bienveillance du préfet et du corps enseignant. La pluie sur ma famille s’est arrêtée. « Papa, avons-nous encore le droit de nous réjouir de la victoire de notre équipe national de football ? ». Quel est le message à donner à cette jeunesse que l’on brise systématiquement, à cet avenir que l’on assombri quotidiennement ?  

22 février 2016
Le Mfumu

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