"Ce que nous serons n'a pas encore été manifesté" (1 Jean 3,2)

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Le texte particulier

La femme idéale, l’homme idéal: de lourds fardeaux pour des êtres humains réels
 
A la fin d’un débat sur la Théologie Féministe Africaine le théologien sud-africain Tinyiko S. Maluleke écrit:

 „Les femmes de l’Afrique sont des êtres humains, elles humanisent et elles sont réelles.“[1]

Cette phrase me remplit d’un sentiment de grand soulagement. Pourquoi ? Parce qu’elle refuse la tendance répandue de juger des femmes et hommes uniquement par des modèles de « la femme idéale » ou de « l’homme idéal », en insistant sur la pluralité des femmes. La tendance de créer des stéréotypes féminins et masculins ne se limite pas du tout à l’ordre symbolique patriarcal. Aussi les féminismes, en créant des contre-modèles, ont souvent contribué à cette manière de diminuer la liberté des êtres humains réels pour leur servir des modèles figés qu’il faut intérioriser ou copier pour être bon et juste. Le modèle de « la femme émancipée » par exemple qui refuse toute responsabilité familiale et s’oriente exclusivement  vers une carrière professionnelle n’est, comme tel, pas moins réduisant que le modèle patriarcal dont il est l’antipode. Rarement  l’opposition est déjà la libération…
 
Nous savons toutes et tous que dans l’ordre symbolique patriarcal « la femme (idéale ) » est présentée comme femme qui se soumet avec plaisir à son père, frère, mari ou fils, qui est prête à leur prodiguer des soins : les materner sans suivre ses propres aspirations. Dans le culte de Marie chrétien ce modèle de la femme parfaite maternelle a été « enrichi » par un paradoxe : La femme idéale pour le catholicisme traditionnel c’est Marie, la femme qui est en même temps vierge et mère. Ce modèle révèle à merveille le lourd fardeau que signifient les idéaux de « la femme parfaite » pour les femmes réelles. Car c’est carrément impossible pour une femme réelle d’être mère et vierge en même temps. Donc, les femmes catholiques d’une manière ou d’une autre sont condamnées à être mauvaises. - Et n’est-ce pas vrai pour tout être humain né et mortel qui est forcé de s’adapter aux modèles idéaux ? Est-ce possible au fait d’être un « homme parfait » qui est en même temps fort et galant, responsable et soldatesque, amant brillant et leader jamais faible ?
 
Tinyiko S. Maluleke nous avertit et nous demande à juste titre de ne pas construire des modèles figés. Car le résultat n’est que trop souvent un sentiment de culpabilité inutile et donne une marge de manoeuvre réduit. Il y a beaucoup de femmes qui n’osent pas être originales et créatives  parce qu’elles craignent de ne plus êtres de « vraies femmes ». Et cette crainte n’est pas du tout sans fondement. Car dans des sociétés qui sont marquées par des idées fixes et dualistes de gender c’est vraiment parfois dangereux d’en différer. Les mécanismes de répression contre les individus qui ne se comportent pas selon les règles n'ont pas du tout disparus. Mais à quoi servent-ils ?
 
C’est vrai que de temps à autre c’est romantique et agréable de rêver des êtres parfaits. Mais en réalité pour humaniser notre monde nous n’avons pas besoin d’un comportement idéal « féminin » ou « masculin », mais plutôt d’une capacité d’agir d’une manière libre et créatrice face à des situations inattendues. Le souhait d’être une « bonne femme » ou un « homme parfait » appauvrit souvent cette capacité. En outre il confirme et soutient l’ordre opprimant du patriarcat – ou son inverse: la société des individus détachés.
 
En opposant l’essai de son homologue Mmadipoane Masenya de construire un modèle  bosadi (« femme » en Sotho) de « la femme forte Africaine » correspondant à la « ménagère idéale » présentée en Prov 31,10-31, Tinyiko S. Maluleke écrit :
 
„Je suis convaincu que bosadi est une construction patriarcale avec des fonctions et intentions patriarcales. Et Masenya ne réussit pas à effacer les taches de sang. Le patriarcat africain dit que la place de la femme soit dans les champs sous le soleil ardent tandis que la place de l’homme soit sous les arbres. C’est quoi la réponse de Masenya? Elle dit qu’il y a du  pouvoir dans le travail dur sur les champs de mais  et dans les cuisines. Mais c’est quelle sorte de pouvoir? Tout le monde qui parvient à se lever le matin a du « pouvoir ». Mais il y a des pouvoirs qui sont plus grands que d’autres.»[2]
 
Oui, il a raison, cet homme. Il ne sert à rien de vouloir être une « vraie femme forte » dans des structures sociales qui continuent à refuser aux femmes leurs libertés et droits légitimes. De même c’est inutile de jouer à « l’homme parfait » dans une société qui lie la masculinité modèle à une suprématie traditionnelle illégitime. Au lieu de jouer aux femmes et hommes accomplis, respectons-nous les unes les autres comme êtres voulues par DIEU qui nous a crées comme pièces uniques.

[1] Tinyiko S. Maluleke, African „Ruths“, ruthless Africas, in: Musa W. Dube ed., Other Ways of Reading. African Women and the Bible, Atlanta/Geneva 2001, 237-251, 249 (Traduction I.P.)
[2] Cf. Note 1, 244 (Traduction I.P.)

Ina Praetorius
Wattwil, 5.7.2009

(Merci à Heidi pour la correction!)

Bonjour Ina, J'ai lu avec beaucoup d'intérêt et de joie l'article sur "La femme idéale, l’homme idéal: de lourds fardeaux pour des êtres humains réels".
Ce m'a rappelé que, dans l'imaginaire africain, un des symboles de la femme, c'est la calebasse. Et une des caractéristiques des calébasses africaines, c'est que les humains ont transformé cet élément de la nature en objet d'art toujours unique; En effet, les calebasses naturelles ont toutes à peu près la même couleur quand elle sortent de la terre et sont issues d'une même plante; mais quand elles sont transdormées en cruches, assiettes, bijoux et autres, il n'y en a plus deux qui se ressemblent. La calebasse africaine, ce n'est donc pas seulement ce que la nature a produit, mais aussi et surtout ce que le génie humain a marqué de sa créativité. Symbole de la femme, la calebasse africaine renvoie aussi à l'unicité, la créativité, l'ouverture à l'inédit. Et la femme parfaite, dans l'imaginaire africain, c'est aussi cette "calebasse"-là.
Sr Josée Ngalula, Association des théologiennes et femmes canonistes de Kinshasa


Déjà publié dans cette section (pour obtenir ces textes, contactez-moi):
- Jésus, le mauvais gestionnaire. Conversation-email entre Alphonse-Marie Bitulu, Kinshasa/RDC, et Ina Praetorius, Wattwil/CH
(mars 2009)
- Ina Praetorius, Carême et crise (janvier 2009)
- Ina Praetorius, Discutons... (dec. 2008)




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